écrit par Aziz Enneifer

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Avant de s’intéresser à notre hypothétique avenir sans Soleil, il faut mettre une chose au clair : nous avons la certitude que le Soleil ne disparaîtra pas demain. En réalité, il mourra dans plusieurs milliards d’années en s’expandant, faisant ainsi disparaître notre Terre par la même occasion. Le Soleil ne peut pas tout simplement disparaître : la matière et l’énergie ne peuvent pas se volatiliser soudainement. Inutile, dans ce cas, de parler d’une telle hypothèse, me direz-vous.

Mais parlons-en, quand bien même elle est irréaliste, pour comprendre comment s’en sortira la Terre une fois privée du Soleil. Qu’est-ce qu’elle peut et va faire quand elle sera seule ?

Au moment où le soleil disparaîtra, nous n’en saurons rien. Ce n’est qu’après 8 minutes et 20 secondes, le temps que la lumière met à traverser les 150 millions de kilomètres nous séparant du Soleil, que la lumière naturelle s’éteindra sur Terre. Il s’ensuivra alors très probablement une panique de masse et une confusion sans précédent.

L’attache gravitationnelle réciproque entre le Soleil et la Terre mettra aussi 8 minutes et 20 secondes pour disparaître car les ondes gravitationnelles voyagent à la vitesse de la lumière. Ainsi, au moment où nous nous rendrons compte de la disparition de notre étoile, nous perdrons aussi son influence gravitationnelle et la Terre s’en ira alors suivant une ligne droite tangente au dernier emplacement où elle était en orbite.

Sans lumière lunaire ou solaire, notre seule source de lumière naturelle sera alors l’univers. La quantité de lumière qu’émet la voie lactée a été calculée et elle serait environ égale à 1/300ème de la quantité de lumière produite par une pleine lune. Donc nous y verrions encore quelque chose, et bien évidemment l’électricité et l’énergie fossile seront encore utilisables pendant un certain temps. Les villes pourront donc continuer à être illuminées par des sources artificielles, comme lors d’une nuit quelconque. Sauf qu’il fera nuit partout.

Jusque-là, tout a l’air d’aller au mieux. Mais c’est alors que la première grande catastrophe arrive : au moment même où nous aurons arrêté de recevoir la lumière solaire, la photosynthèse se sera immédiatement arrêtée. Une catastrophe qui, finalement, ne sera pas ressentie immédiatement. Le fait est que 99,9 % de la production naturelle d’oxygène sur Terre est faite par photosynthèse grâce au Soleil, donc sans ce dernier, les plantes ne seront plus capables de produire d’oxygène. Cela peut paraître affolant, mais ne le sera en réalité qu’après quelques temps.

En effet, les 7 milliards de personnes présentes sur Terre respirent environ chaque année 6000 milliards de kilogrammes d’oxygène, mais en réalité, la quantité d’oxygène présente dans l’atmosphère est astronomique : environ 1000 millions de milliards de kilogrammes soit 1,0.10^18 kg. Nous et les autres êtres vivants sur Terre pourrions donc y respirer pendant des milliers d’années.

Cependant, il n’en sera pas ainsi pour TOUS les êtres vivants. Ainsi, les premières victimes de la disparition du Soleil seront les plantes qui, sans Soleil, mourront en quelques jours ou semaines, excepté les gros arbres, comme les arbres géants, car ils contiennent en stock assez d’énergie pour tenir quelques années dans le noir.

Pourtant, ils mourront aussi rapidement que les autres plantes car leur souci ne sera pas le manque de lumière en lui-même. Nous en arrivons donc à la 2ème catastrophe : la baisse drastique de température. Ainsi, avant même de mourir de faim, ces grands arbres mourront tout simplement de froid lorsque leur « sang », c’est-à-dire l’eau et la sève qu’ils contiennent, se solidifiera. Cette baisse de température ne sera pas un problème seulement pour les plantes. Vous l’aurez sûrement deviné : cela nous affectera nous aussi, les humains. Certains d’entre vous pensent peut-être que c’est alors LA solution au réchauffement climatique, mais ça n’est bien sûr pas le cas, car c’est bien plus dangereux que le réchauffement climatique. Actuellement, la température moyenne sur la surface de la Terre est d’environ 14 à 15°C.

Mais sans Soleil, sans apport d’énergie extérieure, la Terre se débarrassera alors de la chaleur de manière exponentielle, c’est-à-dire très rapidement au début, puis de plus en plus lentement. À la fin de la première semaine, la température moyenne sera de 0°C, ce qui arrive souvent sur Terre actuellement. Donc pour les premières semaines voire les premiers mois, nous n’aurons pas réellement à paniquer, mais cela ne veut pas dire que nous pourrons rester où bon nous semble dans le futur. En effet, à la fin de la première année sans soleil, la température moyenne sera de -73°C, donc de plus en plus proche de la plus basse température jamais enregistrée, qui est de -89,2°C.

Vous vous dites surement que la vie sur Terre ne durera donc pas longtemps… Eh bien ! Figurez-vous que si. En effet, la Terre ne dépend pas que des astres externes en ce qui concerne la chaleur, car elle en produit aussi avec un noyau à 5000°C. Vingt pour cent de cette chaleur provient de l’écrasement de la matière ayant eu lieu à la formation de la Terre et qui a formé le noyau, soit de la roche liquéfiée du fait d’une pression très forte. Les 80 % restants de la chaleur interne du globe sont dus au fait qu’en son plus profond, des éléments radioactifs pourrissent, ce qui aide à maintenir la température du noyau à 5000°C. Quelques endroits seront donc encore sûrs : les zones géothermiques, comme l’Islande ou des bunkers souterrains chauffés à l’énergie nucléaire.

Tous ceux qui n’auront pas rejoint ces derniers bastions de chaleur mourront très certainement dans la première année sans Soleil. Dans les 10 à 20 années suivantes, la rosée deviendra de plus en plus courante car il fera tellement froid que le gaz présent dans l’air se condensera pour donner du liquide. Les zones géothermiques seront alors quasiment invivables du fait du froid. À ce moment-là, les seuls survivants humains seront ceux qui se seront réfugiés dans des bunkers. Ces derniers devront refaire surface pour aller chercher de l’oxygène et le ramener sous Terre. L’humanité pourra donc survivre aussi longtemps que ces réfugiés résisteront.

Revenons maintenant un peu en arrière. Un à trois ans après la disparition du Soleil, toute eau sur Terre se sera solidifiée pour devenir de la glace. Cependant, la glace est moins dense que l’eau, ce qui signifie qu’elle flottera sur l’eau. Comme elle est aussi un très bon isolant, pendant plusieurs milliards d’années, l’eau continuera d’exister sous ces kilomètres de glace et il en sera de même pour la vie qui y sera présente, en particulier pour les micro-organismes. Cela veut donc dire que, même si l’espèce humaine s’éteint à un moment ou un autre, la vie continuera d’exister sur Terre pendant plusieurs milliards d’année. Sachant que lorsque la Terre se sera détachée de l’influence gravitationnelle du Soleil, elle dérivera à une vitesse constante de 30km/s soit 108000km/h.

Au bout d’un milliard d’années, nous aurons donc parcouru 100 années-lumière, soit la distance nous séparant des étoiles les plus proches de la Terre à sa position actuelle. Il serait donc possible que nous entrions alors dans le champ gravitationnel d’une de ces étoiles, ce qui aurait pour conséquence de dégeler les océans et de redonner vie à la surface de la Terre, une fois que les micro-organismes sous-marins auront évolué. Cela voudrait dire que la vie sur Terre pourrait se passer du Soleil que nous connaissons actuellement…

Mais bon, tout cela n’est qu’une théorie.

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