écrit par Anna Derambus et Malika Mikou

Focus géographique :

L’Azerbaïdjan se situe à la limite entre l’Europe et l’Asie, au-delà de la mer Noire, sur les bords de la mer Caspienne. Avec un territoire de 86 000 km2, et une population de 10 millions d’habitants, c’est le plus grand des pays du Caucase. L’Azerbaïdjan se voit donc comme tel : 3 fois plus grand que l’Arménie, par sa superficie comme par sa population. Sa population est turcophone et essentiellement chiite, à 65 %.

Le pays est bordé par de grands voisins : la Russie au Nord, l’Iran au Sud. À l’Est, c’est la mer Caspienne, avec pour capitale Bakou. Et à l’Ouest, c’est donc l’Arménie. C’est là, dans la zone qui touche l’Arménie, que se trouve le Haut-Karabakh autoproclamé indépendant, là où la plaine d’Azerbaïdjan se transforme en montagne, à une altitude moyenne de 1 000 mètres. Haut-Karabakh veut dire « Jardin Noir » et la région domine, au sens de la géographie physique, l’Azerbaïdjan : ce n’est pas un détail du point de vue militaire.

Au total, l’ensemble des zones qui échappent au contrôle de Bakou représente 15 % du territoire de l’Azerbaïdjan, ce qui est non négligeable.

Quelles sont les origines du conflit ?

https://www.courrierinternational.com/article/conflit-vers-une-guerre-denvergure-entre-larmenie-et-lazerbaidjan

Historiquement, le Haut-Karabakh est essentiellement peuplé d’Arméniens, dès le IVe siècle avant Jésus-Christ. Cette zone prend alors le nom d’Artsakh, nom aujourd’hui revendiqué par les séparatistes. Elle se christianise, résiste aux Perses, pour faire simple c’est une région à population arménienne.

Mais au XXe siècle, cela se complique. Après la révolution russe de 1917, la région commence à être disputée entre Arméniens et Azerbaïdjanais. Et les Britanniques, qui commandent la région, nomment un gouverneur azéri. Des affrontements s’ensuivent.

Puis, en 1921, Staline décide de rattacher le Haut-Karabakh à l’Azerbaïdjan. Pendant la période soviétique, l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont deux républiques de l’URSS, et le Haut-Karabakh fait partie de la deuxième.

En 1991, lors de l’éclatement de l’Union soviétique, le Haut-Karabakh se proclame unilatéralement indépendant. La guerre va durer jusqu’en 1994. Les séparatistes sont soutenus par l’Arménie. L’Azerbaïdjan perd. Outre le Haut-Karabakh stricto sensu, 7 autres districts passent sous contrôle arménien, dans une sorte de zone tampon autour du Karabakh. Des dizaines de milliers d’Azerbaidjanais, à peu près 20 % de la population du Haut-Karabakh, fuient la zone.

Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan cherche donc à reprendre le contrôle de cette région qui lui a été rattachée pendant soixante-dix ans. Il s’agit essentiellement d’une question de fierté tandis que, pour les Arméniens vivant dans la région du Haut-Karabakh, c’est une question de vie ou de mort. Ce conflit est présenté comme interétatique, donnant l’impression que ces terres sont dépeuplées. Or, des gens vivent au Haut-Karabakh. Il y a 150 000 habitants au total, tous Arméniens, qui, il y a 30 ans, se sont constitués en État indépendant, après la guerre qui a eu lieu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan (1988-1994).

Une autre problématique clé se dégage : l’indépendance ou la mort. Afin de comprendre, il est nécessaire de s’intéresser à une autre enclave : le Nakhitchevan. L’Arménie et l’Azerbaïdjan s’en sont disputé le contrôle et ce territoire dépend aujourd’hui de l’Azerbaïdjan. Au début du XXe siècle, il y avait pas loin de 100 % d’Arméniens sur cette terre – comme au Karabakh. Et en raison d’un processus violent d’homogénéisation ethnique, il n’y a tout simplement plus d’Arméniens sur ce territoire. Ils ont été expulsés ou massacrés. Et c’est précisément cela que craignent les habitants du Haut-Karabakh. Les Arméniens ont gagné la guerre il y a trente ans et aujourd’hui, ils ne veulent absolument pas revenir dans le giron azerbaïdjanais. Ils ont construit un État plus démocratique que l’Azerbaïdjan, qui est, rappelons-le, une dictature. Et ils craignent pour leur vie. Car il s’est développé en Azerbaïdjan une rhétorique raciale anti-arménienne très claire.

Comment la Russie bénéficie-t-elle de son implication dans cette guerre ?

Cette région du Caucase du Sud, depuis longtemps soumise à des influences opposées, se situe au carrefour de tous les empires d’hier et d’aujourd’hui. Toutefois, depuis plus d’un siècle, c’est la Russie qui a la haute main, et, pour cela, il était peu vraisemblable que Vladimir Poutine y renonce. Cette région étant trop vitale pour Moscou, elle donne lieu à un rapport de force régional encore alimenté par la venue de la Turquie.

La Russie d’aujourd’hui n’est plus l’URSS. En effet, selon une étude de Sciences Po, « son objectif n’est plus de recréer un État unifié sur l’ensemble de l’espace anciennement soviétique, mais de sécuriser son propre territoire, de construire des logiques économiques régionales, et de s’appuyer sur des régimes alliés ».

D’ailleurs, la Russie s’est dite prête à fournir une assistance à l’Arménie si les combats touchaient le pays. Un traité de défense lie Erevan et Moscou (donc liens étroits). L’Azerbaïdjan, quant à lui, achète des armes à la Russie et conserve des liens politiques étroits ainsi qu’une marge de manœuvre fournie par ses richesses pétrolières et gazières.

Le 31 octobre 2020, le cessez-le-feu a le mérite d’exister, malgré son imperfection.

Quelle ingérence de la part d’autres acteurs ?

Quel est le rôle de l’OTAN ?

L’Otan appelle à un arrêt des combats au Haut-Karabakh. Elle demande à la Turquie, membre de l’Alliance et soutien affiché de l’Azerbaïdjan, d’agir en ce sens, sans intervenir sur le terrain. Un engagement d’Ankara pourrait entraîner une réponse de la Russie, proche de l’Arménie.

Le 23 octobre 2020, le président arménien s’est d’ailleurs rendu à Bruxelles pour faire le point sur la situation avec le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg. Le Norvégien appelle « l’Azerbaïdjan et l’Arménie à la désescalade, à mettre fin aux combats, à arrêter les hostilités, et enfin à respecter et à mettre en œuvre un cessez-le-feu ».

Quel est le rôle de la Turquie ?

La Turquie de Recep Tayyip Erdogan constitue l’élément nouveau de ce conflit. Sans ce pays, les hostilités n’auraient d’ailleurs pas repris, estiment de nombreux experts, car ce sont les armes turques, en particulier les drones de combat, qui ont fait la différence initiale.

Venue défier Moscou dans son arrière-cour, non pas pour provoquer une confrontation qui ne serait pas dans son intérêt, mais pour marquer sa zone d’influence nouvellement acquise – ou retrouvée si on prend une perspective historique longue qui est celle du quasi-Sultan Erdogan, elle soutient de manière claire et avérée l’Azerbaïdjan. Une vraie fraternité lie ces deux pays cousins qui parlent la même langue et ont un même slogan pour montrer leur union : “Une nation, deux États”.

La Turquie s’est insérée dans les failles de la présence russe dans la région, inégale entre d’un côté l’Arménie avec laquelle les liens sont étroits, y compris avec un accord de défense et une base militaire russe ; et de l’autre l’Azerbaïdjan, qui achète certes des armes à la Russie et conserve des liens politiques étroits, mais qui a la marge de manœuvre que lui donnent ses richesses pétrolières et gazières.

Toutefois, pour l’instant, la Turquie se mêle du conflit de manière préventive, pour des raisons qui relèvent de sa politique intérieure. En effet, en 2023, se tiendront des élections générales et Recep Tayyip Erdogan doute de sa victoire pour la première fois depuis vingt ans. C’est donc afin d’être réélu qu’il mène des guerres ou des bras de fer dans différents pays (Grèce, Libye, Syrie).

Quel est le rôle de l’ONU ?

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/28/haut-karabakh-les-combats-entre-l-armenie-et-l-azerbaidjan-ont-fait-au-moins-39-morts-en-vingt-quatre-heures_6053870_3210.html

L’ONU prend évidemment part dans l’effort d’apaisement de ce conflit. Le 27 septembre 2020, le chef des Nations Unies, Antonio Guterres, demande la fin des combats et la reprise des négociations. Ce dernier se déclare même « extrêmement préoccupé » par la reprise des hostilités le long de la ligne de contact dans la zone de conflit du Haut-Karabakh. Ainsi, le Secrétaire général appelle les parties, par la voix de son porte-parole, « à cesser immédiatement les combats, à faire baisser les tensions et à reprendre sans délai des négociations sérieuses ». Par ailleurs, M. Dujarric, haut fonctionnaire français, a souligné que le Secrétaire général de l’ONU a réitéré son « soutien total » au rôle important des coprésidents du Groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), à savoir les États-Unis, la France et la Russie. M. Guterres a exhorté les parties à « travailler étroitement avec eux pour une reprise urgente du dialogue sans conditions préalables ».

Que dit l’accord signé le 9 novembre 2020 (fragilité ?) ?

En outre, un accord a bel et bien été signé le 9 novembre 2020. Ce dernier prévoit que l’Azerbaïdjan pourra conserver tous ses gains territoriaux. À Erevan, ce sont plusieurs milliers de personnes en colère qui ont envahi le Parlement et le siège du gouvernement. Un accord de « cessez-le-feu total », controversé semble-t-il, a été négocié en « grand secret » selon Ronan Tésorière et J.Cl. ce lundi soir 9 novembre par les dirigeants arméniens pour mettre fin à la guerre au Haut-Karabakh qui met le territoire à feu et à sang depuis le 27 septembre. Néanmoins, cet accord ne satisfait certainement pas les Arméniens qui envahissent le Parlement et martèlent les pavés en scandant « Nos soldats sont donc morts pour rien ! » ou encore « Nikol, traître ! ». Cependant, l’émeute n’a pour l’instant pas tourné à la révolution, contrairement à l’année 2018 où une révolte populaire contre les caciques de l’ancien régime issu de l’époque soviétique avait mené Pachinian au pouvoir.

Crimes de guerre ?

L’Azerbaïdjan et l’Arménie s’accusent régulièrement d’enfreindre le droit international humanitaire depuis la reprise du conflit le 27 septembre. Par ailleurs, l’ONU dénonce des bombardements sur des populations civiles et des exécutions sommaires dans le Haut-Karabakh, où s’affrontent l’Azerbaïdjan et l’Arménie. En effet, le 15 octobre, des discussions sur une messagerie Telegram d’un groupe pro-azerbaïdjanais sont décryptées. Au sein de ce chat circulent deux vidéos : sur la première, tournée dans un village du Haut-Karabakh, on observe des soldats azerbaïdjanais capturer deux combattants arméniens : un jeune homme et un septuagénaire ; sur la seconde, tournée quelques instants plus tard, on voit les captifs se tenir assis sur un muret, leurs mains attachées dans le dos. Le vieil homme s’agite légèrement. Il est environ 15 heures. Hors champ, une voix lance une instruction en azéri : « Visez la tête ». Les autorités azerbaïdjanaises démentent évidemment la véracité des contenus ; l’ONU, elle, exprime son inquiétude : les « enquêtes approfondies de médias » attestent, selon la haut-commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, de la crédibilité des exécutions de Hadrout.

https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-12-octobre-2020

https://www.courrierinternational.com/article/conflit-vers-une-guerre-denvergure-entre-larmenie-et-lazerbaidjan

https://www.franceculture.fr/geopolitique/lazerbaidjan-et-la-guerre-dans-le-haut-karabakh

https://information.tv5monde.com/info/haut-karabakh-pourquoi-l-armenie-et-l-azerbaidjan-se-disputent-ils-cette-region-378318

  1. en termes de légitimité de ce territoire : faire référence aux dernières résolutions de l’ONU dans les années 1990, qui reconnaissent la légitimité de l’Azerbaïdjan

2 légitimités : arménienne et azerbaïdjanaise

  1. bilan chiffré en termes de morts : pas encore très net, entre 2000 et 3000 morts officielles côté arménien, côté azerbaïdjanais pas encore communiqué, principalement des soldats, bombardements des deux côtés = crime de guerre