écrit par Chaouch Abdelkrim

Depuis la nuit des temps, la médecine a constitué l’un des enjeux les plus importants pour l’être humain. En effet, au fil des siècles, moultes maladies se sont succédées, emportant avec elles des millions de vies humaines. Nombre de ces maladies ravageuses sont la conséquence directe d’infections microbiennes. Ainsi, dans son autobiographie, « Moi, Boy », Roald Dahl, écrivain britannique du 20ème siècle, regrette l’inexistence d’un remède contre ces infections qui ont emporté, au début des années 1920, sa sœur, d’une appendicite, puis son père, d’une pneumonie. « Si la pénicilline avait existé en ce temps-là… », explique-t-il dans son roman, « …ni l’appendicite ni la pneumonie n’auraient constitué une véritable menace. » Mais alors, quels enjeux médicaux sont liés à l’évolution des organismes microbiens ? Quelles furent les réponses de l’être humain face à ces maladies ? C’est ce que nous allons découvrir dans les lignes suivantes.

La résistance aux antibiotiques, un enjeu de taille :

« Les antibiotiques, c’est pas automatique ». Depuis notre plus tendre enfance, on nous ressasse cette phrase qui a toujours suscité en nous de nombreux questionnements. Seulement, un grand nombre de personnes l’appliquent sans en connaître la signification réelle. Durant les décennies précédentes, on nous a appris que les bactéries développaient progressivement une résistance qui dégradait l’effet des antibiotiques. Mais alors, pourquoi l’utilisation massive de ces derniers est-elle responsable de la multiplication de souches bactériennes résistantes ? Nous allons tenter d’y répondre, mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une bactérie ? Une bactérie est un micro-organisme unicellulaire procaryote (c’est-à-dire dépourvu de noyau) qui possède un chromosome, un flagelle et des plasmides. Malgré le fait que beaucoup de bactéries soient indispensables au fonctionnement de notre organisme, certaines d’entre elles sont pathogènes. Les antibiotiques sont, quant à eux, des substances naturelles ou synthétiques capables de tuer ces bactéries. Fruit du hasard, ils furent découverts par Alexander Fleming en 1928 (qui découvrit en réalité la pénicilline, l’un des nombreux types d’antibiotiques) et font l’objet, depuis les années 1950, d’une commercialisation massive. Il faut savoir que les bactéries se multiplient très vite, à la manière d’une division cellulaire. Ce phénomène induit des mutations multiples et aléatoires de leurs informations génétiques qui codent leurs caractères. Il arrive alors parfois, par pur hasard, que des mécanismes de résistance se développent chez certaines bactéries. D’autres bactéries sont naturellement résistantes à un antibiotique, l’antibiotique administré tue alors seulement les bactéries non résistantes. Les bactéries résistantes qui survivent se multiplient alors et prédominent. Malheureusement, on évalue que la résistance aux antibiotiques entraîne près de 33 000 décès par an en Europe.

Alexander Fleming

Est-ce qu’il est possible de faire face à l’antibiorésistance ?

Il faut savoir que depuis que l’on sait que les bactéries développent des résistances face aux antibiotiques, les êtres humains font des pieds et des mains pour les limiter. De nombreuses mesures sont donc préconisées pour lutter contre la multiplication de souches bactériennes résistantes. Tout d’abord, nous retrouvons les mesures préventives qui permettent d’abaisser le risque d’infection. En effet, de bonnes mesures d’hygiène, c’est-à-dire un lavage minutieux des mains, l’utilisation d’un gel hydroalcoolique, le fait de tousser dans son coude, sont des actions qui peuvent paraître anodines, mais qui permettent de ne pas être contaminé, et donc de n’utiliser les antibiotiques que rarement. D’ailleurs, vous l’avez bien remarqué durant cette période, ce sont des mesures qui nous sont répétées maintes et maintes fois. De plus, des campagnes de prévention et de sensibilisation permettent de faire prendre conscience au grand public des dangers de la résistance aux antibiotiques. Toujours sur la même ligne, un contrôle de l’usage des antibiotiques permet de diminuer leur prescription de la part des médecins, de mieux les connaître, et donc de les utiliser. Il faut aussi savoir que les antibiotiques sont inefficaces face aux virus : ça ne sert à rien d’en prendre si on a une infection virale. Aussi, il s’agit d’utiliser un antibiotique auquel la bactérie est sensible, car oui, les antibiotiques se divisent en plusieurs familles qui agissent différemment et qui sont plus ou moins efficaces face à telles ou telles bactéries. Puis, il s’agit aussi de prendre une dose optimale, car, comme nous l’indique le document, si d’une part la dose est insuffisante, on risque de ne pas guérir de l’infection et de développer quand même une résistance, et d’autre part, si la dose est excessive, il peut y avoir des effets indésirables accrus. Finalement, une durée optimale de traitement permet d’éviter le risque d’une antibiorésistance. Il est donc impératif de consulter un médecin pour vous recommander un bon usage des antibiotiques selon votre cas. Ces stratégies ne sont pas efficaces à 100 % mais permettent tout du moins de limiter la résistance.

Quels sont les mécanismes pouvant conduire à l’apparition d’un nouveau virus responsable de pandémies ?

La sérénité mondiale a souvent été ébranlée, au fil des siècles, par de nombreuses épidémies ou pandémies. Les premières, les épidémies, désignent les maladies infectieuses, le plus souvent d’origine virale, qui atteignent un grand nombre de personnes dans une région et un temps donné. Les secondes désignent les épidémies à grande échelle qui touchent quasiment le monde entier, suite à l’apparition d’un virus contre lequel l’être humain n’est pas encore immunisé. Nous pourrions alors être tentés de nous demander quels sont les mécanismes pouvant conduire à l’apparition d’un nouveau virus ?

Il en existe plusieurs : tout d’abord, il y a la transmission directe d’un virus entre un animal et l’être humain. C’est le cas de la grippe espagnole, en 1918. En effet, le virus H1N1, virus présent chez les oiseaux, a été transmis à l’homme par le biais de l’élevage et de la chasse. Telle une faucheuse, la grippe espagnole a ôté près de 50 millions de vies humaines de par le monde. Le deuxième mécanisme est, quant à lui, dû à la grande variabilité génétique des virus. Des variations et mutations se produisent en permanence, faisant changer leur matériel génétique (les fameuses bases nucléiques A-T-C-G) et donc leur caractère. Le troisième mécanisme est celui des recombinaisons virales. Ce dernier consiste à ce que deux virus pathogènes fusionnent pour donner un seul virus très pathogène. La recombinaison génétique est un mécanisme biologique clé durant lequel deux brins d’ADN mélangent leurs informations génétiques pour former un brin-fils possédant des caractéristiques de chaque brin parental. C’est le cas de la grippe asiatique, en 1957, ou encore de la grippe de Hong Kong, en 1968. Dans ces deux cas, un virus aviaire (c’est-à-dire appartenant aux oiseaux) s’est recombiné avec un virus humain pour former un seul et même virus extrêmement pathogène pour l’homme et surtout, transmissible entre eux.

Dans notre contexte pandémique, on peut alors se poser la question légitime : mais d’où vient la COVID-19, cette étrange maladie de la famille des coronavirus qui est venue chambouler en quelques semaines le train paisible de nos vies, nous ôtant à son passage toute gaieté et joie de vivre ? Alors, je vais peut-être en décevoir plusieurs, mais on ne le sait pas. Chacun y va de sa petite graine avec ses propres hypothèses. Certains prétendent qu’elle a une origine naturelle et qu’elle a été transmise par l’animal à l’homme – peut-être par les chauve-souris, peut-être par le pangolin. D’autres penchent plutôt pour l’hypothèse de la recombinaison génétique, proclamant que l’ARN du Sars-Cov-2 possède des séquences spécifiques à la chauve-souris comme au pangolin. Finalement, d’autres pointent du doigt le laboratoire P4 à Wuhan, dont se serait exfiltrée la COVID-19. Bref, pour l’instant, on ne sait pas, mais il n’est pas impossible que nous ayons des réponses dans les mois ou années à venir.

Se faire vacciner, est-ce réellement nécessaire ?

Souvent considérée comme insignifiante, la grippe fait chaque année des dégâts énormes dans nos sociétés. Les plus fragiles, c’est-à-dire les personnes âgées et les personnes malades, sont les plus impactés par ce virus. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé, la grippe fait chaque année près de 650 000 morts dans le monde. Les pays multiplient donc les affiches préventives pour expliquer les mesures à prendre, ainsi que les appels à se faire vacciner chaque année. Car oui, contrairement à d’autres virus, le virus de la grippe a un vaccin, et ce, depuis les années 1930 ; un vaccin qui n’a cessé d’être développé au cours des décennies. Mais pourquoi est-il nécessaire de se faire vacciner chaque année ? Eh bien, comme nous l’avons vu, les virus connaissent une évolution constante, ce qui fait que les vaccins deviennent plus ou moins obsolètes d’une saison à l’autre. Ainsi, chaque année, l’Organisation mondiale de la Santé indique aux laboratoires les souches virales que ces derniers doivent inclure dans leur vaccin, souches qui dans beaucoup de cas ont majoritairement circulé l’hiver précédent. Il est donc important de se faire vacciner chaque année car le vaccin est avant tout l’une des meilleures préventions contre les virus.

Pour conclure, nous pouvons dire qu’aujourd’hui encore plus qu’avant, les enjeux médicaux sont importants pour notre société. Les scientifiques et chercheurs travaillent d’arrache-pied afin d’adapter en permanence les stratégies médicales pour faire face à l’évolution rapide des populations microbiennes, et empêcher l’apparition et la prolifération de pandémies mondiales comparables à celle que nous connaissons aujourd’hui. Le monde des micro-organismes est un monde en constante évolution et changement, ce qui rend la tâche encore plus ardue. Il appartient donc aux générations futures d’allier la science et la créativité pour pouvoir gérer des épisodes de notre histoire qui seront encore plus sombres que celui que nous connaissons aujourd’hui. Cependant, pensez-vous que l’être humain pourra faire face, dans un futur proche, à la multiplication des épidémies ravageuses, ou au contraire, qu’il sombrera dans sa fierté au profit des lois de la nature ?