écrit par Assia El Manfaloti

Commençons en parlant du riot grrrl, un mouvement musical né au début des années 1990. Dérivé du punk rock, ce mouvement se démarque par ses messages ouvertement féministes. En effet, même si les femmes chantent leur désir d’égalité depuis les années 1960, les choses n’avancent pas. Ou en tout cas, pas aussi vite qu’il le faudrait.

Petit avertissement : attention aux personnes sensibles ou trop jeunes, le rock ça tache.

Le riot grrrl est avant tout politique, les femmes s’emparent de guitares électriques et de leurs voix les plus puissantes pour dire qu’elles en ont marre, marre de la culture du viol, marre d’être oppressées, marre de ne pas avoir les mêmes droits que leurs maris, ou encore marre de se sentir obligées d’avoir des maris. À l’image des suffragettes du siècle précédent, ces nouvelles rebelles n’ont pas peur de se mouiller pour obtenir ce qu’elles veulent.

C’est ainsi qu’en 1986, trois filles montent un premier groupe, Sugar Babylon. Elles se séparent ensuite pour en créer trois autres, mythiques du mouvement : en 1988, Jennifer Finch crée L7 et Kat Bjelland fonde Babes in Toyland ; Courtney Love est à l’origine de Hole, en 1989.

Ces trois premiers groupes seront bientôt suivis par d’autres, comme Bikini Kill ou Bratmobile. Cc’est un membre de ce groupe qui dira la phrase « we need to start a girl riot », en français « nous devons lancer une émeute de filles ». Cette phrase a pour but de motiver les femmes à s’imposer comme elles le méritent dans les milieux sociaux et artistiques pour lutter contre la sous-représentation. L’expression restera et donnera son nom au mouvement, « riot girl » signifiant « émeutière ».

Riot grrrl, c’est plus que de la musique.C’est aussi et surtout des activistes qui se regroupent pour agir ensemble. Par exemple, en 1991, L7 crée l’initiative Rock for Choice.

Rock for Choice est une série de concerts produits de 1991 à 2001, pour permettre aux artistes de montrer leur soutien à cette cause. Tous les bénéfices étaient reversés à des associations pour le droit à l’avortement.

Ce phénomène de niche arrive peu à peu aux oreilles des grands groupes de rock masculins de l’époque, comme Nirvana, Foo Fighters ou Red Hot Chilli Pepper, qui s’y produisent en concert. On note également la présence de Joan Jett qui est à son apogée à cette époque et qui a fait une excellente reprise de I Love Rock ‘N Roll.

En 1993, Babes in Toyland est le premier groupe féminin à se retrouver à l’affiche d’un festival reconnu, le Lollapalooza à Chicago. Petite parenthèse : une édition aura normalement lieu à Paris en juillet 2021 avec des artistes contemporains de tous styles comme Billie Eilish, Khalid, Jessie J, Finneas et bien d’autres.

Malheureusement, l’image du mouvement se voit vite démontée par les médias, comme on pouvait s’y attendre. Leurs apparences et leurs paroles parfois choquantes leur valent une réputation d’extrémistes folles. Tous les groupes qui s’y étaient précédemment associés s’en éloignent alors rapidement.

C’est ainsi que le mouvement perd de son public, redevenant un style musical de niche écouté par les initié(e)s. Aujourd’hui, certains groupes restent actifs et continuent à se produire dans des « Ladyfests », des festivals communautaires féministes, dans lesquels on parle, on débat, et on fait trembler les murs à l’occasion, le tout autour de questions progressistes sur le présent et l’avenir de la femme.

Petit mot de la fin : je vous recommande fortement le groupe The Regrettes, qui est un groupe actuel du mouvement – clairement mon petit coup de cœur et celui qui m’a fait découvrir les autres. En restant dans la riot grrrl, je vous conseille les titres Poor boy (qui parle de l’impunité du viol, principalement chez les célébrités et les hommes riches), A Living Human Girl et Ladylike (deux titres qui s’amusent à casser les stéréotypes et les attentes par rapport aux femmes). Il y en a d’autres plus « mimis », mais ce n’est pas ce qu’on recherche ici.

Cet article devait être synthétique pour garder votre attention jusqu’au bout. Je n’ai pas abordé les spécificités de chaque groupe, je ne me suis pas penchée sur les causes exactes défendues, et je n’ai pas non plus parlé des fanzines qui ont pris un place importante dans les mouvements. Mais si vous voulez en apprendre plus, je vous invite à traîner sur Internet : ça regorge d’informations et d’articles sur le sujet.