écrit par Youssef El Otmani

La pandémie de COVID-19 a marqué l’histoire en causant une situation de crise inédite due au confinement généralisé qui a touché la planète (près de 2,8 milliards de personnes furent confinées simultanément le 24 mars 2020). Ce confinement a contribué à l’arrêt de l’activité mondiale, provoquant ainsi une crise économique qui n’a épargné pratiquement aucun État à travers la planète. En plus de son impact économique conséquent, elle a eu un bilan humain très lourd, avec près de soixante-cinq millions de contaminations et près de 1,5 millions de décès au 5 décembre 2020. On peut alors se demander quel impact cette crise a pu avoir sur les relations diplomatiques internationales ? Je vous propose une autopsie…

L’échec des instances internationales

L’OMS perd en crédibilité et peine à exercer son autorité sur les États :

L’OMS, Organisation mondiale de la Santé, un organe de l’ONU et le principal organisme sanitaire de la planète, fut grandement critiquée pour sa gestion de la crise, surtout au début de celle-ci. En effet, cet organisme a longtemps refusé de classer l’épidémie de COVID-19, alors cantonnée en Chine, comme étant une « urgence de santé publique de portée internationale » et ce, malgré les nombreux avertissements provenant de Taïwan et des pays limitrophes de la Chine. L’OMS fut également accusée par de nombreux États d’avoir refusé de mener des enquêtes indépendantes pour mesurer l’ampleur de l’épidémie en Chine, et d’avoir « trop fait confiance » aux autorités locales. Ce refus participa notamment à écorner la crédibilité de l’organisme à l’échelle internationale, contribuant entre autres à l’arrêt des subventions américaines, soit environ 20 % du budget annuel de l’OMS.

En plus de l’avoir décrédibilisée, la crise, de par son caractère inédit et inattendu, a également révélé les défaillances de l’OMS. En effet, malgré le fait qu’elle représente la plus haute autorité sanitaire de la planète, une très écrasante majorité d’États membres de l’ONU ont fait le choix d’ignorer les avertissements et consignes de cet organisme, et ont refusé de contribuer au financement de la lutte contre l’épidémie menée par celui-ci. De plus, la Chine a refusé d’accueillir des observateurs internationaux dans la province du Hubei, épicentre de l’épidémie à l’époque. L’organisme fut alors contraint de ne prendre en compte que les chiffres communiqués par le gouvernement chinois. Cela prouve donc que, dans les faits, malgré sa figure d’autorité, l’OMS se trouve dans l’impossibilité de contraindre les États à suivre ses recommandations et ses décisions, n’ayant ainsi pas de réel poids dans les décisions internationales.

Le non-respect des consignes de l’ONU :

Plusieurs fois au cours de cette pandémie, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé les différentes parties impliquées dans des conflits en cours à respecter un cessez-le-feu afin de pouvoir se concentrer sur la lutte contre le virus. Cependant, ces appels furent loin d’être respectés. En effet, malgré un semblant de cessez-le-feu dans certains conflits, comme la guerre civile syrienne ou la guerre civile yéménite, les affrontements ont rapidement repris dans les jours qui ont suivi ces proclamations. D’un autre côté, certains conflits n’ont pas connu d’arrêt ou de baisse d’intensité, comme la guerre civile libyenne, par exemple. De plus, certains pays ont refusé de respecter ces appels à déposer les armes, comme les États-Unis, dont les opérations en Irak et les bombardements en Afghanistan se sont intensifiés, ou encore la Russie, dont les bombardements dans la province d’Idleb, en Syrie, n’ont cessé à aucun instant. Enfin, d’autres conflits ont éclaté au cours même de cette pandémie sans que l’ONU ne réussisse à empêcher leur déclenchement, comme la guerre qui a opposé les milices arméniennes du Haut-Karabagh aux forces azerbaïdjanaises. Ainsi, la crise a aussi permis de révéler les dysfonctionnements et les faiblesses de l’ONU, organisme dont le rôle principal est de garantir la paix dans le monde.

Une absence de cohésion et de solidarité internationale

La solidarité européenne mise à rude épreuve :

Cette pandémie a ébranlé les fondamentaux de l’Union européenne. En effet, d’anciennes fractures et tensions ont refait surface entre les pays « du Nord », dont les économies sont stables, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore les pays scandinaves, d’une part, et les pays « du Sud », critiqués pour leur laxisme économique, comme l’Italie, l’Espagne ou encore la Grèce. Ces fractures sont la cause des nombreux désaccords qui ont pu être observés entre les vingt-sept pays membres quant à la réponse à apporter à la crise. L’un des exemples les plus parlant reste le cas de l’Italie, premier pays à avoir été touché au sein de l’Union et pays le plus endeuillé de celle-ci (le Royaume-Uni n’en faisant plus partie) avec près de 59 000 morts depuis mars 2020. En effet, au début de l’épidémie, dans la péninsule, de nombreux pays européens, dont l’Allemagne et la France, ont refusé de prendre en charge le surplus de patients ou d’envoyer du matériel. Un autre exemple est le refus de certains pays (Allemagne, Autriche, Finlande, Pays Bas) d’adhérer à un fond commun profitant aux pays les plus endettés dans le but de gérer la crise, préférant mettre en place une concurrence au sein même de l’Union.

Hors de l’union également, l’idéologie européenne traditionnelle se basant sur l’entraide s’est effritée au profit du chacun pour soi, comme l’a décrié le président Serbe Aleksandar Vucic : « la solidarité européenne n’existe pas, c’est un conte de fée ».

Une compétition pour l’acquisition de matériel et d’un potentiel vaccin :

À travers les semaines, une compétition malsaine dans le but d’acquérir du matériel s’est profilée. Ainsi, l’un des principaux exemples fut le rachat de cargaisons de masques à destination de certains pays par d’autres États, directement sur le tarmac des aéroports, comme les scandales de rachat américain de cargaisons chinoises commandées par la France et l’Allemagne.

En plus de la compétition pour le matériel médical, une autre compétition s’est développée : celle qui entoure l’acquisition d’un futur vaccin. En effet, de nombreux scandales ont éclaté au cours de la pandémie, comme celui concernant le laboratoire français Sanofi, celui-ci ayant déclaré que les premières doses produites seraient la propriété exclusive des États-Unis, principal investisseur du laboratoire.

Détérioration des relations entre les États-Unis et l’Europe :

Depuis l’élection de Donald Trump en 2017, ces relations, traditionnellement cordiales et fraternelles, se sont fortement détériorées. Cependant, la plus grosse montée de tension reste celle causée par la pandémie de COVID-19. En effet, les vols répétés de matériel et la décision unilatérale de Donald Trump de fermer le territoire américain aux voyageurs européens le 11 mars 2020 ont eu raison de l’habituelle entente qui régnait entre les deux entités. De plus, crise économique oblige, de nombreux pays européens ont réduit leurs dépenses dans l’armement des forces de l’OTAN, exacerbant ainsi les tensions transatlantiques déjà existantes autour du partage inégal du fardeau de la défense commune (les États-Unis représentent 45,9 % des dépenses de l’organisation).

Quelques exceptions :

Malgré ce climat de repli sur soi, certains pays ont tout de même fait preuve d’une certaine « solidarité », à l’instar de la Chine qui a multiplié l’envoi de matériel à travers le monde, comme en Italie, ou encore de Cuba, qui a envoyé de nombreuses délégations de médecins à travers la planète. Cependant, on ne peut pas considérer ces actions comme étant des opérations purement altruistes ; il s’agit plutôt de tactiques diplomatiques mises en place par ces États.

Modification de l’ordre mondial

Perte d’influence des puissances occidentales :

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, la première puissance mondiale a vu son influence et son implication dans les affaires internationales s’amenuiser. De plus, la crise liée à la pandémie de COVID-19 a fortement accéléré cette perte d’influence pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’image des États-Unis à travers le monde a fortement été écornée par la gestion catastrophique de la crise par l’administration Trump, le pays étant l’État le plus endeuillé de la planète avec près de 281 000 morts au 5 décembre 2020. De plus, dans le cadre de sa politique « isolationniste » du « America First », Trump n’a pas encouragé l’envoi de matériel et d’aides financières aux États en difficulté, offrant d’importantes opportunités diplomatiques à d’autres États, comme la Chine par exemple. Enfin, Donald Trump s’est séparé du rôle traditionnel de « leader mondial » que se sont attribué les États-Unis au XXème siècle, en refusant par exemple à de nombreuses reprises de présider des visioconférences entrant dans le cadre de la lutte mondiale contre le virus.

En ce qui concerne l’Europe, la crédibilité du vieux continent a également été altérée par la gestion de la crise. En effet, l’Europe compte 4 des 10 pays les plus endeuillés par la pandémie (Royaume-Unis, Italie, France, Espagne, entre 46 000 et 61 000 morts). Cette forte mortalité couplée aux nombreuses tensions qui ont éclaté au sein de l’UE a contribué à une perte de confiance en l’Europe et en ses moyens chez les pays du tiers-monde.

La crise est une opportunité politique pour la Chine :

À l’inverse des puissances occidentales, la crise a constitué une véritable opportunité pour la Chine de rayonner sur la scène internationale. En effet, la Chine a gagné en popularité auprès des pays en développement pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, grâce à l’image que s’est efforcée de construire la Chine autour de sa gestion de la crise. La Chine communique ainsi un bilan relativement bas par rapport aux pays cités précédemment, avec environ 85 000 contaminations et 4 600 morts au 5 décembre 2020. De plus, elle a multiplié les démonstrations technologiques et logistiques, comme la construction en 10 jours d’un hôpital de 35 000 m2 pouvant accueillir 1 600 patients et entièrement raccordé au réseau 5G. Enfin, la Chine, contrairement aux États-Unis, a multiplié les aides financières et le soutien matériel à travers la planète. On peut citer : le don de 20 millions de dollars à l’OMS, l’envoi d’experts médicaux en Iran et en Italie, la construction d’un laboratoire en Irak, l’envoi de tests aux Philippines et de matériel de protection en France et au Pakistan, l’envoi de 55 tonnes de matériel médical au Venezuela… Cela permet à la Chine d’asseoir et de confirmer sa place de puissance mondiale influente.

En conclusion, la pandémie de COVID-19, en plus de marquer la mémoire collective et l’économie mondiale, marque également la politique mondiale et les relations diplomatiques internationales. Elle a, en effet, mis en lumière l’échec de l’idéal d’un monde mondialisé et uni, tout en influant grandement sur l’ordre mondial, favorisant ainsi une montée de l’influence chinoise. Car après tout, n’est-ce pas dans les grandes crises que…